18 janvier 2026Non classé

Ligne de pêche et dextérité

La photographie de produit occupe une grande partie de mon travail. Contrairement aux portraits où les expressions et la ligne éditoriale guident les choix, ici tout repose sur la précision, la cohérence et l’efficacité commerciale. Chaque visuel devient un outil stratégique au sein de la photothèque du client qui implique le marketing, les ventes, le e-commerce, le design et la communication. Le photographe de produit agit comme un artisan au service des marques: il fabrique des images pour répondre à un besoin précis, déterminé par une marque et soutenu par des équipes qui misent sur des visuels intelligents, techniquement irréprochables et immédiatement exploitables. Pour réussir, il faut maintenir cette rigueur et implication pour plus d’un client.

Un compte annuel peut représenter 120 heures de production effective facturables (à ne pas confondre avec le taux horaire pour le temps de présence comme employé). Une petite ou moyenne marque n’a pas le budget pour employer un photographe à temps plein, car elle n’est pas certaine du volume de visuels à produire. Alors il faut sans cesse trouver de nouveaux clients ou bien faire des partenariats solides avec des chargées de comptes qui vont et qui viennent chez d’autres marques.

Mais c’est quoi au juste, la photographie de produit?

Maîtrise de la lumière, compréhension des matériaux, gestion de la colorimétrie, cohérence d’une gamme complète : chaque paramètre est une décision technique au service d’un usage commercial concret. Ici, la photographie n’interprète pas l’objet : elle le traduit pour sa vie sur le marché.

Test Globe Electric. Photographier une ampoule transparente éteinte et allumée sous fond blanc puis sous fond noir.
Autre test Globe Electric. Photographie lifestyle d’une lampe de maison. Technique: Mélange de lumière du jour et artificielle à l’aide d’un flash situé dehors devant la fenêtre (jour nuageux). Specs: 50mm f/4, 1/125, ISO100, 1 flash en mode normal.

Les nouveaux clients ne demandent pas de tests si votre portfolio est solide (Behance.net). Cependant ils veulent vérifier si vos connaissances s’adaptent à leurs produits. Ici Globe Electric a demandé d’effectuer un test de transparence et de maîtrise des reflets. Ayant commencé avec Photoshop 2 au début des années 2000 et étant à jour dans les nouveautés un quart de siècle plus tard, disons que je réponds aux attentes et espère provoquer un WOW qui ferait la différence.

Dans cette dynamique professionnelle, j’assume aussi une part de direction artistique, souvent dictée par les problématiques que les équipes marketing identifient dans les enquêtes auprès de leur clientèle. Définir l’angle qui clarifie un avantage produit, choisir la lumière qui renforce un positionnement, établir la cohérence visuelle d’une gamme, etc., ces décisions stratégiques font partie de ma formation. Pour être franc avec vous qui lisez ces mots je ne suis plus intégré aux discussions décisionnelles alors que mon travail dépend directement de ces orientations. Ce n’est pas une critique, mais le constat d’un espace où il y a encore sept ou huit ans j’avais une place et eux le budget… « priorité aux actionnaires » je comprends.

Malgré cela, les clients me confient la responsabilité complète du processus visuel : prise de vue, retouches finales, cohérence d’un projet à l’autre, et mise à jour constante de mes compétences techniques. D’ailleurs je remercie Vasilis D. et Sarah-Kim T. pour leur confiance.

Technique: Les lignes de pêche maintiennent les parties désirées pour obtenir une ondulation naturelle du cuir. Specs: 85mm f/8, 1/125, ISO100, 2 flashs en mode normal.

Et l’I.A. dans tout ça ?

Oui et non. Les clients ne souhaitent pas utiliser l’I.A. qui déforme leur produit et le dénature, ils refusent même l’argument du gain d’argent. Ça coûte moins cher de photographier un parfum sous fond blanc et de faire apparaître un décor. Ou bien comme dans l’exemple ci-dessous avec Yves Mailloux, animateur du Club des dégustateurs. Après avoir pris son portrait, j’ai pu l’intégrer dans un décor complet tout en changeant l’angle de prise de vue. Bref, on veut avoir bonne conscience, enfin pour l’instant.

En revanche, j’embrasse l’I.A. depuis le début après en avoir été effrayé comme beaucoup. On savait qu’on deviendrait des dinosaures comme ces photographes qui ont refusé l’avènement du numérique. On a toujours le choix de continuer à apprendre ou de baisser les bras.

« Moi aussi j’pourrais si j’avais du bon matériel »

Il n’est pas nécessaire de commencer avec des équipements complexes. Prendre un produit du quotidien, comme une crème ou un parfum, et expérimenter dans le salon avec la lumière du jour constitue l’un des meilleurs entraînements. Observer comment un rayon rebondit sur un flacon, comment une ombre modifie la perception d’une texture : c’est là que se développe le regard professionnel, bien avant l’achat de matériel spécialisé.

Il est aussi important de préciser que si le matériel professionnel occupe une place essentielle, il ne fait jamais tout le travail. Les idées, la maîtrise technique, les accessoires, les surfaces, les diffuseurs, les guidages de lumière et la préparation transforment parfois un simple shooting en véritable plateau cinéma miniature.

Pour photographier un produit de la taille d’une boîte à chaussure, l’espace nécessaire est d’au moins 80 pieds carrés, une heure d’installation et autant pour la désinstallation.

Cependant l’ingrédient principal est dans le titre de l’article, la dextérité. Et qui dit dextérité dit habileté à moyen terme, alors je commence tranquillement une transition vers l’enseignement. J’ai déposé un plan de cours au Collège Marsan, un plan entièrement fondé sur la compréhension et la construction d’images sans appareil photo ni ordinateur. Un cours où l’on esquisse, bricole des maquettes en papier, travaille des jeux d’ombres et de reflets.

Technique: des lancers de sable noir brillant sur les produits fixés au bout d’une tige. Specs: 100mm f/11, 1/200, ISO100, 3 flashs en freezing light. Certains grains de sable sont faits au pinceau numérique (20% du total). Influence: Karl Taylor photography de Visual Education.
Technique: des jets d’eau à différentes vitesses et postproduction Photoshop pour le nettoyage complet des indésirables. Specs: 100mm f/8, 1/500, ISO100, 3 flashs High sync, feuilles de couleur, grand bac étanche. Influence: style de mon ami Yvan Meunier, mon professeur de graphisme au Collège Salette.

Apprendre la photographie de produit, c’est apprendre à penser l’image avant de la capturer. C’est là que réside l’essence du métier, et c’est ce que j’aimerais transmettre de nouveau aux stagiaires du CFP photographie de Lachine du CSSMB qui organise d’ailleurs une rencontre à l’UQAM ce mardi le 20 janvier. Merci pour votre temps, n’hésitez pas à poser des questions en commentaire. N’hésitez pas non plus à écrire sur ce qui vous motive dans votre métier.

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