24 avril 2025Non classé

L’élève d’outre-tombe

J’annonce la résurrection de milliers d’images prises par une personne qui a photographié dans l’ombre de son époque. Il a été témoin des sorties équestres de Elyzabeth II, de parties de pétanque sous l’Arc de Triomphe, et en toute innocence, de lieux devenus historiques. Il photographiait sans rechercher la reconnaissance.

Nous ne dirons pas qu’il égale l’œil « tel quel » de Vivian Maier, mais son legs mérite d’être porté à la lumière. Je tairai publiquement son nom jusqu’à la première explosion, en effet rien ne presse. En revanche, je vous présente Serge Gonat, il est le collectionneur qui détient ce trésor. M’ayant confié la gestion de son bien, il lui fallait certes un photographe pour décortiquer le tout, mais il lui manquait un incubateur.

Vous savez maintenant de qui l’on parle. Ce personnage a réalisé une prouesse sans prétention, il l’a fait pour l’amour de prendre des photos, ce même amour qui m’anime également depuis une trentaine d’années.

Séance projection avec Serge Gonat.

En excellent technicien de l’image et archiviste de sa dépendance argentique, notre ami vivait très certainement une dualité que l’on me confie souvent en MasterClass « j’aimerais être photographe, mais ». Mais voilà, il n’était pas photographe, il ne voyageait pas pour son compte, et il n’avait pas encore atteint le petit plus dont je vous parlerai ici et en personne lors de l’exposition.

Il a fallu des mois à Serge Gonat pour classifier rigoureusement cette quantité de diapositives. Une quantité significative qui démontre clairement la volonté de notre ami d’en faire quelque chose.

Boîte numéro 1.

Il n’est jamais trop tard.

Une bonne partie de son travail me faisait maugréer à coups de « Ah! Quel dommage », « Flûte, zut ! », et carrément un « Merde ! » en bonne et due forme. Je m’entendais lui dire « Soit ton cadrage gâche littéralement ton sujet principal, soit c’est le timing qui te glisse sous l’index déclencheur ». Il frôlait la composition magistrale, l’élève aurait eu besoin de conseils et de pratiques à l’époque. En fait, il n’est pas trop tard.

Paris – Place de la Concorde.
Même Place 60 ans plus tard.

L’appeler l’élève était mon premier blasphème. Mon deuxième sera de corriger son œuvre à titre posthume. Lisez jusqu’à la fin pour découvrir l’inédit et l’impensable.

Sa force se manifestait dans l’exécution rigoureuse de ses séances de prise de vue. Du développement des diapositives à l’archivage, son travail est colossal. Or, sachant qu’il ne s’agissait pas de son métier, je peux témoigner que cela exigeait patience, persévérance, croyance et grain de folie. Et que dire du coût que représentait l’achat des diapositives KODAK. Cerise sur le gâteau, certains de ses déplacements professionnels incluaient sa femme ainsi que ses jeunes enfants, il n’était donc plus question de composer, mais juste déclencher.

Mon approche : corriger les images avec respect, retoucher avec goût, révéler son époque sans trahir. Mais avant d’aller plus loin, permettez-moi de me présenter à nouveau.

Rester dans la lumière.

Concernant ma propre carrière, cette opportunité tombe à point nommé. Malgré mon entrée en galerie d’art en 2015, à l’écran (Les moments Parfaits) et dans l’édition (Paul Tex Lecor), il me manque cruellement un Paul Durand-Ruel. Sans lui bon nombre d’impressionnistes n’auraient eu que des années de disette, d’ingratitude et d’anonymat.

Derby – San Juan (Porto-Rico)

Ci-dessus « Derby » mon interprétation de « Derby d’Epsom » l’un des tableaux datant de 1821, peint par mon maître préféré Théodore Géricault. Disponible en 48×72 po – 6 exemplaires avec son certificat et l’histoire expliquant pourquoi j’ai appelé mon premier fils Théo.

Krystal à Toronto (48×72 po) 6 exemplaires.

C’est tout naturellement que je ferai côtoyer le portfolio de notre personnage mystérieux à côté du mien. Évaluée à 450k$, ma collection actuelle requiert 100k$ d’investissement publicitaire et plus encore pour produire de la nouveauté. Je ne souhaite pas suivre cette voix d’esclavage publicitaire à coup de Coût Par Clic, je ne souhaite pas non plus être rattrapé par l’ombre et tomber dans l’oubli, ne comptant plus que sur la chance. J’exprime ici vouloir participer, accompagner et coopérer, afin d’exposer, de vendre et d’offrir.

Pourquoi aujourd’hui?

J’ai l’immunité pour critiquer les images de notre élève, j’ai le droit de les recadrer et de les retoucher, tout ceci sans les dénaturer bien évidemment. La photographie ci-dessous au titre « Endimanchés » est une image que l’on croirait produite par MidJourney ou par un autre générateur d’images. Diapositive à l’appui, il s’agit bien d’une scène photographiée dans les années 50 avec la Austin 7 Ruby (1940) sur le côté et la longue jupe turquoise au centre de l’image. La femme présente en premier plan à droite est un anachronisme laissant penser que ce dimanche est antérieur à son véritable époque.

Endimanchés – 24×36 po

Comme j’osais écrire plus haut, notre technicien de l’image n’avait pas la bonne focale pour son style. 75% de son travail montre une composition qui tangue entre plusieurs points d’intérêt. j’appelle cela le dilemme du stagiaire. La première question que je pose aux étudiantes du CFP Lachine du CSS Marguerite-Bourgeoys est « Qu’aimez-vous regarder ? ». Et selon la réponse nous déterminions la bonne focale qui permet de réaliser le meilleur cadrage.

« Endimanchés » a été modifiée afin d’obtenir une composition mettant en lumière l’homme aux mains dans le dos. Les lignes de fuites et la géométrie générale offrent à notre œil l’agréable sentiment d’accompagner cet homme. Pourtant ici il y a un problème de timing. Un photographe d’extérieur n’a pas besoin de déclencher en rafale pour obtenir un bon cliché, il ressent la scène et déclenche au bon moment. À notre élève, je dirais qu’il aurait dû attendre deux petits pas. J’en ferai la démonstration lors de l’exposition.

Une stratégie en 3 parties.

Serge Gonat et moi avons entamé une enquête fastidieuse, mais bougrement intéressante. Nos outils sont Google Street View, le téléphone et même Discord. L’étape suivante pour certaines photographies plus coriaces sera de retrouver les lieux et de contacter une personne sur place à des fins de vérification. Plus nous obtenons de détails (lieux, noms, coordonnées GPS, etc.) et plus l’image a de la valeur. Voici mes demandes:

  • A. Invitation à collaborer pour valoriser ce patrimoine visuel. (Besoin de conseils administratifs, financiers et légaux)
  • B. Un appel aux musées, fondations, entreprises et municipalités.
  • C. Un appel aux agences de communications pour participer à (l’inédit et l’impensable).

Rejoignez l’aventure. Que vous soyez curateur, historienne, directrice marketing ou rêveur/rêveuse.

Ceci termine abruptement ce premier article par lequel je vous présente ce merveilleux projet ainsi que la stratégie pour le promouvoir. Ce legs mérite d’être porté à la lumière, à celle des projecteurs des salles d’exposition, à celle des idées des futurs collaborations et à celle de nos foyers.

Je vous donne rendez-vous prochainement pour découvrir un tout autre aspect qu’offre la collection de Serge Gonat, mon troisième et dernier blasphème – l’inédit et l’impensable. À ne pas manquer. Merci, Serge Gonat. Josias Gob, photographe.

Contactez-moi sur Instagram/LinkedIn @josiasgob

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